Alain Bruneel

Travail parlementaire

lutte contre la fraude fiscale : un rendez-vous manqué

La réalité de l’évasion fiscale, aujourd’hui, ce sont 7 900 milliards d’euros de bénéfices de multinationales non imposés et planqués dans les paradis fiscaux et 1 000 milliards d’euros de recettes en moins pour l’Union européenne.

En France, la fraude et l’évasion fiscales coûtent chaque année entre 60 et 100 milliards d’euros au budget de l’État et 3 250 riches familles françaises cachent 140 milliards d’euros dans les paradis fiscaux afin d’échapper à l’impôt, malgré le cadeau qu’a été pour elles la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune – ISF. C’est un scandale  !

Ce projet de loi avait pour ambition de s’attaquer sérieusement à cet insupportable fléau. Ce devait être un grand pas et ce ne sera en réalité qu’un tout petit pas.

Quelques avancées vont néanmoins dans le bon sens  : les sanctions à l’encontre de certains cabinets fiscalistes ; l’aggravation des amendes pour fraude ; les obligations concernant les plateformes en ligne ou les cartes prépayées ; et, enfin, le « name and shame ». Le « verrou de Bercy » sera finalement allégé, et non supprimé. Cela fait des années que les députés et les sénateurs communistes, les incorruptibles, se battent pour faire sauter le « verrou de Bercy ». Nous avons choisi de voter cet article, car il marque tout de même une avancée, mais nous continuerons notre combat pour faire sauter ce verrou.

Si ce texte présente des avancées, nous avons aussi des regrets.

Le Gouvernement assouplit le « verrou de Bercy », et c’est une bonne chose, mais pourquoi en instaurer un autre au ministère de la justice  ? D’un côté, nous votons un article qui décide que tout dossier concernant plus de 100 000 euros de fraudes sera désormais transmis automatiquement à la justice, mais, de l’autre, le texte ouvre deux portes de sortie aux fraudeurs  : le plaider-coupable et la convention judiciaire. Avec ces deux mesures, les tricheurs pourront encore trouver le moyen d’amoindrir leur peine, d’éviter un procès public, voire de ne pas être condamnés. Tout dépendra du procureur, mais aussi des moyens que vous donnerez à la justice. Ce n’est pas cohérent avec les objectifs que vous affichez.

Enfin, le texte manque clairement d’ambition sur cette turbine nucléaire de la fraude que sont les paradis fiscaux. Les députés communistes vous ont proposé, au printemps, une liste crédible, sérieuse et transparente des paradis fiscaux. Il s’agissait d’adopter et d’inscrire dans notre droit des critères précis qui existent et qui ont fait l’objet d’un long travail toutes ces dernières années, au sein de l’Union européenne et de l’OCDE. Au lieu de cela, vous avez préféré vous aligner sur la liste de l’Union européenne, dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est nulle, ridicule et pas crédible. À la petite liste française des paradis fiscaux, le texte propose d’ajouter la petite liste de l’Union européenne, dans laquelle ne figurent pas les cadors, les véritables repaires de la triche mondiale que tout le monde connaît. Comment prendre au sérieux cette liste de paradis fiscaux, alors qu’on n’y trouve ni la Suisse, ni l’Irlande, ni Malte, ni les Pays-Bas, ni le Luxembourg, ni les Bermudes, ni les îles Caïmans  ?

Le temps presse face à ce fléau et, à ce rythme-là, nous risquons d’y être encore dans un siècle. Il faut aller beaucoup plus vite. C’est pourquoi les députés communistes vont à nouveau faire très bientôt de nouvelles propositions pour lutter contre ces multinationales qui cherchent à éviter l’impôt, et pour une fiscalité plus juste.

Ce projet de loi n’est pas à la mesure d’un fléau qui menace notre pacte social et les fondements de notre démocratie. C’est la raison pour laquelle les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine votent contre ce texte.