Alain Bruneel

Travail parlementaire

Ecole de la confiance : une loi dangereuse pour l’égalité

Le projet de loi gouvernemental pour une école de la confiance a été adopté par une majorité de l’Assemblée nationale. Alors que l’occasion était présente de parler et d’agir sur les questions si importantes touchant aux inégalités dont souffre l’école, le Gouvernement et la majorité ont détourné les débats vers des thématiques identitaires.

Le Gouvernement a refusé de s’employer à l’application réelle des valeurs républicaine à l’école. Le malaise des enseignants, la dégradation de leurs conditions de travail et d’enseignement, les violences scolaires, le malaise des AESH et des AVS ont malheureusement été ignorés.

Une loi pour déstructurer le cadre national de l’école.

Le texte qui a été adopté comprend de nombreuses mesures déstructurant le cadre national de l’éducation. Si ce cadre national ne suffit pas à régler le problème d’égalité, il constitue cependant une condition pour la réussite de chacun et chacune. Cette déstructuration s’est accompagnée par une reprise en main ferme, autoritaire, de l’éducation par le ministère et par le ministre lui-même. On le constate au travers de l’article 1er qui est évidemment perçu comme une défiance envers la profession et comme une atteinte à la liberté d’expression de tous les citoyens.

Cet autoritarisme se retrouve aussi dans le choix de direction des futurs INSPE et dans la suppression du CNESCO au profit du Conseil d’évaluation de l’école, placé sous la houlette du Ministre. Il suffit aussi de comptabiliser, par exemple, l’occurrence du mot « contrôle » dans le texte ; c’est révélateur de l’esprit du projet de loi.

Un texte qui conduit à l’accélération d’un enseignement à deux vitesses.

Nous le constatons notamment au travers de la création des EPLEI – établissements publics locaux d’enseignement international –, qui dérogeront au socle commun éducatif, bénéficieront de fonds privés et seront gratuits pour les enfants les plus aisés et les enfants d’expatriés, alors que, dans le même temps, le Gouvernement et sa majorité ont augmenté de manière très significative les frais d’inscription pour les étudiants étrangers.

L’ensemble de ces mesures renforcent la mise en place d’un parcours d’initiés pour un nombre restreint d’enfants triés sur le volet. Le Gouvernement acte fièrement la création des ZEP, les zones d’éducation privilégiées. Il n’y a rien, en revanche, sur la demande de revalorisation salariale des professeurs, qui ont perdu près de la moitié de leur pouvoir d’achat depuis les années 80.

Le salaire de ces agents, recrutés à bac plus cinq, n’est à la hauteur ni de leurs études, ni de leurs missions, ni de leurs responsabilités, ni de la moyenne des salaires des autres fonctionnaires de catégorie A, ni même encore des salaires des autres enseignants européens.

Ce projet de loi, comme la suppression de 2 600 postes d’enseignants dans les lycées et collèges, répond davantage aux injonctions du Comité d’action publique 2022 qu’aux exigences d’égalité si nécessaires à une société émancipatrice. Les députés communistes du groupe GDR ont voté résolument contre ce projet de loi.