Alain Bruneel

Sur le terrain

Visite à la maison d’arrêt de Douai

En mars dernier, en raison d’une nouvelle agression d’un détenu sur des agents surveillants, et suite au mouvement de protestation des agents de la prison de Douai quant à leurs conditions de travail, je m’étais engagé à venir visiter la Maison d’arrêt de Douai. Le 1er avril dernier, je m’y suis donc rendu.

La prison de Douai est composée de 3 ailes, disposant d’une capacité d’accueil totalisant 365 places. La prison comptait le 1er avril dernier 586 détenus dans les murs, et fait notable, elle accueille quand même de temps à autre, des opérations de « désencombrement » pour libérer d’autres prisons, victimes de surpopulation carcérale.

La problématique de cette prison est tout d’abord, bâtimentaire. Les murs sont vétustes, les tâches de moisissure sont omniprésentes. Les détenus se partagent des cellules plus que vieillottes. Les miradors, qui permettaient d’avoir une vision sécuritaire sur l’extérieur pour éviter les évasions ont disparu récemment, au motif que ces derniers étaient désuets. Le résultat est une baisse évidente du niveau de sécurité de la prison, avec la suppression dans le même temps, de 10 personnes équivalents temps plein. Des filets anti-projections seraient plus qu’utiles afin d’éviter que des personnes de l’extérieur puissent jeter des objets aux détenus (stupéfiants, téléphones portables…). Ces filets sécuritaires ont été demandés par la direction, mais ne peuvent finalement pas être installés pour des raisons de baisse de budget décidée par le Ministère.

Les conditions de détention sont difficiles. A son arrivée, le détenu est obligatoirement dirigé vers le quartier d’accueil, il y restera entre 4 et 10 jours le temps donné aux équipes de le diriger vers l’une des 3 ailes, celle qui sera la plus pertinente par rapport à son profil. La fermeture des lits en service psychiatrique dans les hôpitaux entraîne irrémédiablement un effet sur l’augmentation des détenus dans les prisons, car de nombreux détenus ont des profils psychiatriques. Comme le Directeur de la prison aime à le rappeler, « la prison est une microsociété avec une privation des libertés ».

Rencontre avec les représentants syndicaux

Des délégués de l’UFAP-UNSA, de la CGT et quelques membres du personnels ont répondu présents. Lors de cette rencontre, le personnel a évoqué en 1er lieu la question sanitaire, avec un manque d’hygiène évident dû à la vétusté des bâtiments. Ils sont également revenus sur les engagements non tenus par le Ministère quant aux équipements supplémentaires qui devaient être mis en œuvre pour augmenter la sécurité des agents surveillants, et ce après les multiples agressions d’agents de prisons ces dernières années. L’administration avait alors signé un protocole sécuritaire stipulant l’arrivée de nouveaux outils (passe-menottes et gilets pare-balles) mis à la disposition des gardiens, très souvent en première ligne lors de ces agressions.

A ce jour, ces équipements ne sont toujours pas mis en place pour augmenter le niveau de sécurité. Si la direction de la prison a bien reçu les passes-menottes, il subsiste cependant un problème de serrure les rendant pour le moment inutilisables. Quant aux gilets pare-balles qui doivent normalement être livrés dans le courant du mois d’Avril 2019, les mensurations pour les adapter aux différentes tailles des agents n’ont toujours pas été prises. A ce sujet, j’ai interpellé la Ministre de la Justice par le biais d’une question écrite et serai extrêmement vigilant quant à la réponse qui sera apportée. Au-delà des gilets pare-balles, un membre du personnel va plus loin et estime que ce sont « les tenues des agents de tous les jours » qui ne sont pas adaptés, « on ne fait pas tous la même taille ». Aussi, les agents présents à la rencontre jugent les dernières déclarations de la Ministre de la Justice, Nicole Belloubet, complétement « déconnectées » de la réalité. La Ministre avait notamment tenu des propos sur la rémunération des agents qui gagneraient environ 2 000€ -quant ceux-ci commencent leur carrière à 1450€, ou encore que les agents sont armés quand ils extraient des détenus de prison -alors qu’ils ne le sont visiblement pas.

D’une même voix, les personnels parlent de problème de recrutement, d’un métier qui n’est pas vraiment attractif, et d’une baisse de motivation au cours de leurs carrières. Beaucoup d’agents démissionnent. Leur profession est « dangereuse, mal payée et mal considérée ». A la prison de Douai, il manque à l’heure actuelle, l’équivalent de 12 personnes. Comme pour le personnel hospitalier, les agents sont souvent rappelés sur leur temps de repos pour palier à l’absence de leurs collègues.

Concernant les fouilles en détention, un agent se fait l’écho du peu de pouvoirs qu’ils détiennent face aux prisonniers, qui « n’ont plus les mêmes profils » qu’il y a 20 ans. Les circulaires incessantes enlèvent des moyens sécuritaires aux surveillants, sans pour autant en ajouter d’autres. Selon lui, la liberté des droits de l’homme, et notamment les décisions de la Cour Européenne des droits de l’Homme, se font au détriment de la sécurité des surveillants.

Le service pénitentiaire de probation et d’insertion (SPIP) peine aussi à atteindre les objectifs fixés par le Ministère, à savoir celui de co-construire et de co-évaluer les projets individuels des détenus. Les dossiers sont faits à « l’abattage ». Le service ne dispose plus d’assistante sociale, les arrêts maladies ne sont pas remplacés.

Je tiens à remercier chaleureusement Messieurs Tesse et Dupire, respectivement Directeur et Directeurs adjoints de la prison de Douai, ainsi que toutes les personnes qui ont participé à ce temps de rencontre. Je me suis engagé à revenir les voir au cours de mon mandat.