Alain Bruneel

Ecologie : l’avenir de l’humanité en jeu

Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé...

Tout doit être fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement global à moins de 2°C d’ici 2050.

Pourquoi 2°C  ? Parce qu’au-delà de ce seuil, les conséquences pour les populations humaines, l’agriculture ou les écosystèmes naturels seront très graves.

Les épisodes d’inondations, tempêtes, tornades risquent de se multiplier. Les répercussions sur l’agriculture seront telles qu’il sera difficile d’assumer l’alimentation de l’ensemble de la population mondiale. Les impacts des changements climatiques pourront toucher notre santé, notre production agricole, nos zones côtières qui souffrent d’érosion, nos économies, etc.

Pour réduire les gaz à effets de serre nous devons réduire la consommation globale d’énergie, en changeant les systèmes d’approvisionnement et de production et en développant massivement les énergies renouvelables.

Nous devons revoir nos modes de vie et de productions sans que cela se fasse au détriment des plus pauvres  !

La lutte pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre doit donc viser à infléchir des choix faits précédemment, et entrer dans une nouvelle vision partagée au service de l’intérêt général, répondant aux besoins de tous et ne pénalisant pas les classes populaires.

Ces choix doivent être faits dans le cadre d’une politique volontariste de tous les acteurs économiques et de toutes les collectivités territoriales.

Nous pouvons par exemple agir sur  :

Les transports

C’est le seul domaine qui a continué à progresser ces dernières années en terme d’émission de gaz à effet de serre.

Nous luttons au quotidien pour des transports collectifs accessibles par tous au nom du droit au déplacement.

Jusqu’à aujourd’hui, par le biais des transports collectifs, la société rend service à la population en lui offrant des possibilités de déplacements, mais il nous faut comprendre que dès demain c’est le citoyen qui emprunte les transports collectifs qui rendra service à la société.

L’incitation tarifaire doit donc devenir la règle pour tous. Et dans ce cadre, la notion de gratuité prend tout son sens à l’exemple de Dunkerque, gratuit le week-end actuellement et en totalité dès 2018, ou à celui de Tallin en Estonie, ville de 400 000 habitants.

Cela implique également d’investir pour développer le transport collectif et de combattre la fermeture de lignes.

Le mode de transport des marchandises doit également être revu pour infléchir la vision qui prédomine actuellement, favorisant le camionnage. Il s’agit d’organiser les déplacements  :

  • pour les rendre moins émetteurs de gaz à effet de serre
  • et en tenant compte de leur coût réel, du fait des coûts induits (infrastructure, gaz à effet de serre, pollution, santé…).

A ce titre, le transport du fret par la voie fluviale et le ferroutage doit être encouragé pour devenir la règle. Dans ce cadre, la ligne de ferroutage le Boulou/Calais qui doit ouvrir en 2016 ne doit pas être l’exception.

Les choix et les efforts des Collectivité territoriales doivent donc converger dans ce sens pour faciliter un véritable maillage de notre nouvelle région et ne pas être contre-productifs à l’image de l’augmentation de la TVA de 5,5% à 10% pour les transports collectifs ou la fin de la gratuité partielle pour certaines catégories de la population comme à Lille.

Relocalisation de la production

Nous devons favoriser la consommation et la production locale. Le système économique actuel basé sur une logique de réduction des coûts favorise la fabrication ou la transformation à l’étranger de biens de consommation que nous pourrions produire localement.

Produire localement,

  • c’est éviter le déplacement des marchandises.
  • c’est également tourner le dos à une politique économique qui ne s’embarrasse pas des coûts induits en terme d’écologie et de gaz à effet de serre ; coûts que la collectivité devra assumer chèrement plus tard. Cette logique de production à bas coûts est destructrice d’emplois locaux.

La relocalisation concerne les différents aspects de l’activité économique et industrielle en la liant étroitement à des impératifs sociaux et écologiques.

Dans ce cadre, il faut cibler les aides publiques en faveur des entreprises et des PME qui feront le choix de relocaliser des productions dans notre région notamment dans des filières industrielles existantes (automobile, ferroviaire, papeteries, bois...).

Dans l’agriculture, le Conseil Régional devrait s’engager à permettre la mise en place d’une logique de cycles courts, par exemple par la création d’une centrale d’achat de produits régionaux de qualité pour la restauration des lycées ou des restaurants d’entreprises, en favorisant la proximité et en garantissant un prix juste.

Favoriser cette logique  :

  • c’est favoriser une agriculture paysanne de qualité, à l’opposé du modèle libéral des fermes industrielles qui absorbent l’activité économique au détriment des petits agriculteurs,
  • c’est favoriser le maintien de l’emploi sinon son développement dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage.

L’isolation thermique des bâtiments  :

Les habitants de notre région seront heurtés de plein fouet par la hausse du coût de l’énergie et la dérèglement du climat. Nous devons aller dans le sens d’une sobriété de nos consommations favorisant la transition énergétique. Cela suppose des investissements dans l’isolation thermique des bâtiments du logement social et collectif, ainsi que dans l’habitat individuel. Beaucoup, frappés par les politiques d’austérités, ne pourront faire face.

Nous devons organiser ce domaine en favorisant la création, par exemple de pôles de développement, mêlant emploi, habitat et services publics à l’échelle des bassins de vie, dans un sens de solidarité.

Il s’agit également de favoriser les énergies alternatives, non émettrices de gaz à effet de serre et donc de diminuer le recours aux énergies fossiles.

Des voies nouvelles sont à explorer comme, par exemple  : les énergies solaires, le petit éolien (ou éolien urbain), la biomasse, le biogaz, l’hydroélectricité et l’énergie marine, la géothermie profonde… Nous soutiendrons en particulier la filière hydrogène avec la possibilité de l’expérimenter, à terme, dans le transport collectif.

Les conséquences du dérèglement du climat

Dans les simulations actuelles, la montée d’1 mètre du niveau de la mer tend à rendre à la mer les territoires autrefois recouverts à marée haute, pris par l’homme par drainage des terres, les wateringues. Déjà, la Région renforce certaines digues (digues des Alliés à Dunkerque, 1,5 million de m3 de sable) pour lutter contre la montée des eaux.

Mais cela ne suffit pas, car il s’agit pour notre région de remédier aux problèmes qui s’imposeront sur une grande zone qui part de Calais jusqu’à la Belgique s’étirant en golfe vers St Omer. Les digues protègent et les canaux irriguent, mais il faut pomper. Les eaux de ruissellement et crues menacent. Surtout si les précipitations augmentent (de 20 à 40% en 2050 selon les prévisions). C’est un triangle de 100 000 hectares, une population de 450 000 habitants et de nombreux sites SEVESO (dont la centrale de Gravelines) qui sont menacés. Les prévisions donnent pour 2050 entre 30 et 80 cm de montée du niveau de la mer. Les marées basses étant de plus en plus hautes, les périodes propices à l’évacuation des eaux vont se raréfier.

Selon les scientifiques, il faudrait augmenter de moitié le pompage pour faire face à la montée de 30 cm du niveau de la mer et de l’augmentation des précipitations [1] Mais ils soulignent que le système actuel est utilisé à 100% de sa capacité lors de certains épisodes. Il faut donc se réorganiser.

Concernant le drainage du territoire, le comité de scientifiques préconise  :

  • Soit d’augmenter la capacité de pompage vers la mer (augmentation importante du coût de fonctionnement  : 4,5 millions par an actuellement).
  • Soit d’augmenter la capacité de stockage dans les canaux existants, ce qui implique l’abandon de terres lors de fortes précipitations, de façon maîtrisée, pour éviter l’inondation de zones urbaines et industrielles, à l’exemple de la Belgique et des Pays-Bas, ce qui diffère le rejet vers la mer.

Cela implique donc des choix quant aux terres à sacrifier.

On est également dans une potentialité de réfugiés climatiques au sein de notre région  !

A-t-on le temps de voir venir  ? Où faut-il étudier d’autres actions préventives  ? D’autres investissements sont-ils à mettre en place  ? La question est à étudier avec nos voisins belges et néerlandais.

Nous proposons la mise en place d’une instance régionale et internationale, en liaison avec les scientifiques, les citoyens, les associations et les acteurs économiques, pour la mise en place d’un plan et d’un fonds abondé par l’État susceptibles de répondre aux conséquences de la montée des eaux et de l’augmentation des précipitations. La question est à prendre au sérieux. Aujourd’hui, c’est déjà demain.

En conclusion,

Nos choix doivent être éclairés par notre double volonté de lutter contre les inégalités sociales et les gaz à effets de serre. La voie que nous préconisons est riche d’emplois potentiels. La recherche doit être orientée vers ces objectifs.

Nous devons porter collectivement, et en liaison avec les citoyens, l’impératif d’une société qui réponde aux besoins de tous, favorisant l’intérêt général et reposant sur des services publics. Nos investissements, conditionnés à des impératifs sociaux et écologiques, iront en ce sens, loin des fausses réponses d’un capitalisme vert que nous entendrons dans le cadre de la conférence de la cop21.

Notre volonté est de participer, en liaison avec les citoyens, à la construction d’un nouveau modèle économique, social et écologique qui place l’être humain et la planète au cœur de tous ses choix.

Notes :

[1ref.  : Yves Fouquart, professeur à l’université de Lille, co rédacteur du rapport du GIEC, coordinateur du CERCLE, collectif d’expertise régionale pour le climat et son évolution, comité de scientifiques mis en place par la Région.